Category “LQ”

Nouvelle Collaboration avec la revue LQ

Nouvelle collaboration avec LQ

 

Cette nouvelle collaboration fut celle d’une rencontre.

Dans un premier temps Annabelle Moreau, ma comparse de tous les temps, me demande si j’aimerais faire les photographies pour la nouvelle image de LQ

Annabelle me présente le projet et m’indique qui sera l’auteure choisie pour cette refonte.

Rien de moins ne m’attendait, elle me demande de photographier Catherine Mavrikakis.

Bien entendu, je connais Mavrikakis, qui n’a pas lu Le Ciel de Bay City.

Un certain vendredi soir, je rejoins Annabelle et son acolyte Jérémy. On discute de l’œuvre de Mavrikakis, car ici la commande photographique n’est pas de prendre un simple portrait  sur fond blanc ou gris, non on discute de mettre en scène l’atmosphère de l’auteure.

Bien entendu, j’avais relu certains ouvrages et lu le dernier livre de Mavrikakis.

 

Brainstorming en cours, quelle est la trame narrative de ses livres. Un tour de table, cahier et crayon en main.

  •             Son intention : survie, trahison, lente attente, immortalité, gothique, résistance
  •             Ses recherches : poids du passé, fait divers, la collection
  •             Ce qu’elle traduit en mots : la mort
  •             Les couleurs : mauve, rose flash, anthracite, bleu foncé
  •             Une émotion : angoisse…
  •             Un univers : huit clos, sous-sol, voiture, prison, chambre de motel

 

J’éclate de rire et je sors ce mot

NON-LIEU

Souvenir passé qui revient vers moi et Annabelle, écriture de mémoire hiver 2007.

Je savais que Marc Augé n’allait jamais me quitter, qu’il allait revenir.

 

 

Téléphone en main, nous sommes à la recherche de NON-LIEUX.

Nous choisissons plutôt un huis clos, la chambre de motel. Celle qui appartient à un passé, avec une histoire où nous pourrions y introduire la nôtre.

 

Mais que veut cette nouvelle direction de LQ.

Des images décalées, de la mise en scène, mais surtout, ils ne veulent pas de murs de briques, d’arbres, ou encore un auteur en train de lire un livre assit dans un fauteuil les lunettes au bout du nez.

 

On cogite, on cherche

Un jour, Annabelle et moi on part faire le tour des motels dans MTL et ses alentours.

On trouve, on imagine ce que l’on peut y faire.

Deux jours avant le shooting, tempête de neige, mais pas une petite tempête, non celle de l’hiver, celle qui fait que tu ne peux pas te stationner nulle part.

On escalade, on monte, on descend des montagnes de neige pour mettre dans la voiture tout ce que nous avions dépouillé dans nos maisons respectives.

 

Boulevard Taschereau, chambre turquoise, on déplace tout, on reconstruit un nouvel espace, celui que nous avions imaginé pour Mavrikakis.

Et là, Catherine arrive.

 

Face à face, gêné tous les deux on se rencontre.

Elle a vu ce que j’ai fait comme œuvre et j’ai lu ce qu’elle a écrit.

 

Je passe du vous au tu question de défaire la distance et facilité la complicité que je voulais créer avec elle.

Catherine la maquille, une autre Catherine, elle résiste un peu.

Oui mais, oui mais, oui mais

Sandra, je n’aime pas que l’on me prenne en photo, je ne suis jamais à l’aise.

Il est certain qu’une lentille nous sépare, mais je la pose régulièrement pour discuter.

On parle de tout

Je l’ai fait bouger, assise, coucher, à moitié assis, à moitié couché, ainsi de suite.

On y arrive, elle s’abandonne. Tranquillement, elle en oublie la lentille et elle se laisse découvrir en image. Elle me montre ce qu’elle est, dès lors j’essaie des choses que je ne suis pas certaine qu’elle aurait faites en début de séance.

Catherine Mavrikakis me laisse venir vers elle, je la découvre. Elle s’abandonne, comme peut s’abandonner Catherine.

 

On change de décors, on change de vêtements, on refait le maquillage, on continu.

On parle, on se découvre, on se confie.

 

Dehors, il fait froid.

On ne doit pas voir la neige, le numéro sort en mai.

OK, il y en a partout, mais vraiment partout.

On lui enlève ce qui la tient au chaud et on la confronte au froid.

 

On rigole, le soleil est radieux. Jérémy guide à bout de bras cette lumière vers Catherine. Je lui dicte où elle doit aller, sans me soucier que celui-ci va peut-être tomber, car ce que je regarde c’est Catherine. Je ne dois pas manquer aucun moment et surtout pas perdre cette confiance qu’elle me donne, celle que l’on partage depuis de nombreuses heures.

 

On termine et c’est à ce moment qu’elle me confie que grâce à moi, elle aura appris que l’on pouvait avoir froid à des endroits qu’elle n’aurait jamais soupçonnés.

 

Je range l’appareil, on démonte les installations.

 

Je repasse naturellement du tu au vous.

Je retrouve devant moi CATHERINE MAVRIKAKIS,

celle que j’ai lu et que je lirais encore.

 

 

 

 

LQ fait peau neuve : Aperçu du numéro