Projet loos matricule 4444

L.O.O.S matricule 4444

Le parloir…
Lieu de tendresse, lieu de discordes, lieu de désillusions, lieu de promesses échangées. Une vitre sale sépare l’espace, elle est remplie de marques de doigts, de sueur, mais surtout elle est empreinte de solitude. L’amour est ainsi défait dans la crasse et dans l’oubli. L’isolement est inévitable, mais une fois par semaine la radio diffuse des mots, des phrases d’amour et de soutien. Les mots résonnent dans l’espace et percutent les murs. L’espoir qui reste est sans contredire cette émission radiophonique. Le protocole est simple : écouter sans pouvoir répondre. La voix de la mère, de l’épouse ou du frère se fait entendre et se brise devant l’antenne qui fait face au détenu. Ce n’est qu’une voix lancée dans le vide puisqu’elle est entendue par tous. L’intimité est ainsi annulée, sans possibilité de retour. Elles se mélangent et deviennent une cacophonie inaudible. Tout se mélange jusqu’à former une musique, une trame sonore de mots qui s’échappent quelquefois de ce fouillis. Et cette femme, oui cette femme qui attend désespérément l’homme qu’elle aime, parle sans vraiment savoir s’il entend. Tranquillement le détachement se fait. Elle espère autant que lui, mais le manque réel de communication les éteint chaque jour, car parmi toutes ces voix, elle ne réussit pas à l’entendre. Elle est là à attendre ce moment si précieux. La seule chose qui leur appartient est cette vitre sale et cette salle nue. L’amour peu à peu se perd, mais ils y croient! Qu’en est-il de leur unique relation sonore? On se le demande bien. Et lui, chaque soir, il retourne dans sa cellule avec pour seul réconfort sa couverture, ce drap blanc de pureté et d’impureté. Il répète ces mots qu’il a pu entendre, tous ceux qui lui ont marqué le cœur et l’esprit. Doucement, il les entend et ils deviennent cette musique sourde, mais puissante dans cet environnement austère et froid..

Cette mise en contexte
d’un certain réalisme présent dans les centres pénitenciers me conduit à me questionner sur la notion de solitude et d’isolement dans ces endroits. Ayant conçu plusieurs œuvres sur ce sujet mais plus principalement sur ce phénomène social dans les villes. J’ai donc décidé de soulever
ce phénomène, mais dans un endroit hors du contexte proprement dit urbain. Dans ce cas si le prisonnier attire mon attention à cause de l’isolement qui lui est imposé, mais surtout la position de celui-ci dans son contexte de communication avec ses proches. Dans un premier temps, je me suis intéressé à ces émissions de radio consacrées à la diffusion de messages de soutien. Comme l’émission «Le Téléphone du dimanche» diffusée par radio notre-dame qui se consacre à établir un lien entre les familles et amis des personnes incarcérées. Son objectif est de faire passer des messages d’amour, de soutien et d’encouragement dans les prisons par le biais des ondes. Ce sont «Les voix de l’extérieur pour ceux qui sont à l’intérieur». Le protocole est simple : écouter sans pouvoir répondre. Une non-communication est établie et l’isolement devient encore plus important. Généralement, ce sont des familles éloignées des centres de détentions qui utilisent ce système faute de pouvoir se rendre au parloir. Notons qu’il existe plusieurs radios comme celle-ci à travers le monde. Prenons l’exemple de l’émission KDOL Radio diffusée aux États-Unis. Elle est principalement dédiée aux condamnés à mort.

KDOL RADIO
Il faut les imaginer avec leur fourchette tendue à travers les meurtrières qui sont leur seule source de lumière, afin de capter les ondes de KDOL radio. Chaque dimanche, cette radio FM consacre quatre heures de programmes pour les condamnés à mort de la Polunsky Unit. Nous sommes à Livingston, petite ville qui abrite les couloirs de la mort du Texas. Ici, 384 hommes attendent leur heure. Le soir avant chaque exécution justement, KDOL consacre une émission spéciale au détenu qui va mourir. Famille et amis du détenu, quand il en reste, viennent dans le petit studio de la radio pour faire passer leurs derniers messages. Joy Weathers est à l’origine de ce programme pour les condamnés à mort. Chaque dimanche, elle est accompagnée par Danielle et Sylvia, deux femmes qui s’engagent pour les hommes de la Polunsky Unit. Il y a parfois aussi Connie Wright, l’épouse de Greg Wright, un condamné à mort. Pendant leur émission, Joy, Danielle et Sylvia prennent les appels de proches des détenus, lisent des lettres écrites par eux ou pour eux.
Source : http://fr.tpinews.com/2007/05/08/la-radio-des-condamnes-a-mort.html.

Pour ce projet,
ce qui m’importe ce sont les paroles, cette réalité qui est propre à chacun, mais qui s’applique à la majorité des cas. Les paroles dites lors de la diffusion radiophonique et aussi lors de ces rencontres dans le parloir. Ces sont des phrases de soutien et d’encouragement. Ce sont des voix qui ne comptent que sur elles-mêmes pour donner de la chaleur, transmettre de l’affection, sans dialogue et sans visage. Généralement lors de la mise en onde des émissions consacrées aux détenus, entre chaque message diffusé, la personne qui tient le standard prononce quelques mots, plutôt paternaliste ou bien-pensante. Ce qui accentue cette mise à distance et rend un effet presque glacé. Généralement peu de choses sont dites car le temps est compté. Le standard presse les intervenants pour permettre à tous de partager quelques mots échappés au bout du combiné. L’espace du parloir quant à elle possède des particularités qui accentuent lui aussi cette mise à distance entre ce qui est entendu et ce qui est dit. La surveillance par exemple, la non-possibilité de contact physique. Il ne reste que cette vitre et cet espace quasi public. Ce présent projet se concentre autour de la réalité vécu à l’intérieur des centres de détentions. Donc voici un léger descriptif de ce que peut être un parloir dans une prison française.
Des parloirs souvent sordides
Le « parloir « est un moment essentiel pour le détenu. Entre une et trois fois par semaine, il pourra s’entretenir quarante-cinq minutes avec sa famille, sa femme, sa compagne, ses enfants, sous l’œil de surveillants. Il va sans dire que l’administration pénitentiaire ne peut que constater que les parloirs permettent le passage de drogues et de stupéfiants, même si des fouilles circonstanciées se déroulent avant et après. Le « parloir « est organisé autour de la fonction sécuritaire de la prison. La commission a été frappée par l’état généralement critiquable des parloirs. Tout d’abord, les « abris famille « ; les familles attendent d’accéder aux parloirs dans une salle exiguë, lorsqu’une telle salle existe. En effet, dans un certain nombre de maisons d’arrêt, les visiteurs sont parqués dans un couloir, sans possibilité de s’asseoir, en attendant de passer sous le portique et de rejoindre leurs proches. À la maison d’arrêt de Varces, les collectivités territoriales et le barreau ont financé la construction d’un bâtiment clos et couvert. Mais il n’en demeure pas moins, comme l’a signalé le bâtonnier Michel Bénichou devant la commission, que la responsabilité de la construction de tels édifices devrait relever de l’administration pénitentiaire. Ensuite, le « parloir « lui-même : il s’agit souvent d’un endroit peu pratique d’accès dans la prison, mal nettoyé, mal éclairé, voir sordide comme à Toulon. À la maison d’arrêt de Fresnes, le parloir est au sous-sol, non loin des cuisines. La lumière artificielle est la règle. Les détenus et leurs familles disposent de peu d’espace. À la maison d’arrêt de Nanterre, la direction a dû installer un petit dispensaire qui permet aux personnes de se reposer : la circulation dans les couloirs pour rejoindre les parloirs, leur caractère sombre et oppressant provoque régulièrement des malaises chez certains visiteurs… D’heureuses exceptions tranchent en matière d’accueil des familles, comme la maison d’arrêt de Melun qui dispose d’un local pour les enfants. Force est enfin de constater que les rapprochements intimes, pourtant interdits par le règlement intérieur, sont souvent tolérés dans nombre de maisons d’arrêt et surtout de centrales, comme l’a constaté la commission à Clairvaux.
(Extrait du rapport du Sénat) Source : http://www.prison.eu.org/article.php3?id_article=1169

Le descriptif de cette situation me porte à me questionner sur la réalité des échanges verbaux entre les visiteurs et les détenus. Les paroles sont généralement lancées à la mer, elles me semblent peu réelles ce qui me porte à dire qu’elles constituent un espace quasi virtuel. La vitre du parloir forme un écran, tout comme les supports généralement utilisés dans le monde virtuel. Le cyberspace est un lieu sans profondeur directe, car il reste derrière un cloisonnement. Il incite à la fiction et propose le simulacre, tout en modélisant et simulant le monde réel par des représentations. Ce qui me pousse à utiliser les technologies pour traduire ce projet afin de traduire ce rapport qui semble appartenir à un monde oeuvrant dans le simulacre et le réel. Le simulacre est simplement créé par cette dissociation du monde extérieur, mais il en reste que les émotions vécus restent complètement réelles. Selon l’Insee, plus de 20% des prisonniers ne voient pas leur famille. Plus la peine est lourde et plus l’âge du détenu est élevé moins les contacts avec l’extérieur sont fréquents. Par l’entremise de ce projet, je souhaite laisser la parole aux prisonniers. Toutefois, mon intention n’est pas de les étudier n’y même de les utiliser pour un documentaire ou comme bête de foire, mais plutôt souligner le registre d’un quotidien propre à chaque détenu. Pour réaliser ce projet d’art communautaire, j’ai proposé au centre de détention de Loos des ateliers d’écriture sonore.

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